Découvrez : Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

Voir le jeu     Tirer ma carte du jour

Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes.  Son ouvrage le plus récent est un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.  L’ouvrage sera disponible au courant de l’été 2016. 

J’ai rencontré Job à la Maison d’arrêt

Appelons-le  « Joseph ».  Je l’ai vu en sac de deuil, la tête couverte de cendres, sur son tas d’ordures, des croûtes plein la peau.  Métaphores, évidemment.  Joseph est un homme fin, doté d’une compréhension subtile des personnes et des choses, d’un sens délicieux de l’humour derrière lequel il cache sa souffrance—rien qu’un temps—car lorsqu’il entre dans le récit de sa vie, on n’entend plus qu’elle.

Ses parents n’ayant pas réussi à le tuer à force de coups, ils l’ont déposé devant un couvent.  Ballotté de famille d’accueil en famille d’accueil (onze en tout), il se  dit colis postal. 

Son accusatrice s’est rétractée et a avoué son mensonge, mais l’enquête est lancée et suit lentement son cours.  Il ne s’agit cependant que d’un délit relevant de la correctionnelle.  Voici deux ans qu’il croupit à la Maison d’arrêt, où il se sent dépossédé de tout.  Il pleure lorsqu’il évoque ses parents tortionnaires, le gâchis de son pavillon, construit de ses propres mains, par des inondations (eau jusqu’aux fenêtres). Une enfance ruinée, une accusation mensongère, ça ne suffisait pas ?  Il fallait aussi qu’il perde sa maison ? Il pleure en évoquant ses tentatives de suicide et m’apprend qu’il faut dire « autolyse » ; cela choquerait moins. Joseph pleure parce qu’on l’a décroché. 

Je n’ai qu’une chose à lui offrir : mon écoute pour qu’il dépose un instant son fardeau, pour qu’il se sente respecté, compris, moins seul.  Je n’ai pas de bonnes paroles,  même pas une prière à proposer.  Je sens que je dois juste être là, muette devant le mystère de ce mal qui semble s’abattre sans raison et s’acharner sur un pauvre.  Quand bien même il aurait commis ce dont on l’accuse, au fond de nous, là où s’inscrit l’Image divine, ne sommes-nous pas tous des innocents ?  Je pense aux tricheurs rusés, aux  libidineux véritables qui sont en liberté puisqu’ils peuvent payer des avocats habiles.   

A la maison, mon mari me trouve la mine défaite.

Je pense à la bénédiction ineffable que j’ai reçue en naissant : des parents qui m’ont accueillie et aimée.