Découvrez : Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

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Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes.  Son ouvrage le plus récent est un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.  L’ouvrage sera disponible au courant de l’été 2016. 

Vêtues de voiles noirs

         La princesse Maâtkaré est morte.  Chuuut.  Il ne faut surtout pas dire de quoi.  Nous sommes dans la 22e dynastie égyptienne.  C’est la petite-fille de Ramsès Onze.  Elle a 16 ans, et elle était grande-prêtresse d’Amon-Râ.  Que fera le grand dieu Soleil sans sa petite prêtresse ?  Les femmes de chambre ne sont pas étonnées qu’il fasse si sombre.  Elles ne s’étonneraient même pas si le ciel se mettait à déverser des torrents, alors que la saison n’est pas à la pluie. Vêtues de voiles noirs, elles veillent le corps frêle de la princesse.  Bientôt viendront ceux qui connaissent l’art de traiter la chair des morts, pour qu’elle dure éternellement et que l’âme du défunt puisse continuer à en être pourvue, lorsqu’elle empruntera la barque de la grande traversée.  Et après… Pour l’éternité, comme je vous le disais. 

         Il n’y a rien à y faire, il faudra annoncer cette mort.  Mais tout a déjà été mis en œuvre pour en cacher la cause, car si elle est connue, cela sera une grande honte pour la princesse défunte et le déshonneur de toute une famille, pourtant royale depuis d’innombrables générations. 

         Une prêtresse d’Amon-Râ est consacrée. Elle est l’épouse du dieu. Elle ne doit pas connaître d’homme. 

         Vous l’avez deviné, la princesse est décédée lors d’une fausse couche. Aucune sage-femme n’a pu être appelée, car l’inavouable aurait inévitablement traversé les murs des appartements de la jeune prêtresse. Les vêtements et draps ensanglantés ont été réduits en cendres, le fœtus enterré dans un champ loin du palais, hélas sans cérémonie. Tout cela avec une célérité coupable, teintée de panique.  Les femmes ont ensuite nettoyé et enduit le corps de Maâtkaré d’onguents et de parfums rares.  On racontera qu’elle s’est trouvée mal subitement : elle a pâli, elle s’est étouffée, qu’elles n’ont rien pu faire. La princesse s’est écroulée, inanimée, là devant elles ; elles ont été épouvantées et elles le sont encore. C’est la vérité. 

         C’est l’œuvre d’un sorcier pour sûr, diront-elles. Comme la prêtresse était très jeune, inexpérimentée, elle ne pouvait avoir déjà maîtrisé tous les sortilèges qui l’auraient protégée contre un tel malheur.  Elle avait bien son amulette la plus puissante  autour du cou et pourtant…  Ouaïe ouaïe !

         Et le jeune amant, bien sûr, elles savent très bien de qui il s’agit.  Elles devront le prévenir, mais avec une discrétion difficile à mettre en œuvre. Ou encore, non, laissons, il devinera par lui-même, il ne faut prendre aucun risque. Elles seront exécutées sans le moindre procès, si jamais on apprend qu’elles l’ont laissé pénétrer dans les appartements de Maâtkaré.  Trop tard maintenant pour punir la princesse, la mort l’a fait, mais pour elles, ses dames d’honneur, il est encore temps. On tuera son babouin de compagnie et on l’enterrera momifié avec Maâtkaré.  Ce petit animal symbolise sa charge religieuse. Un singe représente l’intelligence et la sagesse.  Il l’accompagnera sur l’autre rive et la consolera.

***

         Les hommes qui viendront des siècles plus tard ouvrir sa tombe penseront dans un premier temps que ce petit corps entouré de bandelettes devait être  celui d’un nouveau-né, et que la femme enterrée là est morte en couches. Pourtant, les insignes qu’elle porte témoignent de sa fonction auprès du dieu Soleil. Alors, qu’elle puisse mourir en couches les étonnera. 

         Lorsque les rayons-X dévoileront qu’il s’agit d’un babouin, ils seront perplexes. En fait, ils n’ont pas su à quel point ils avaient raison au prime abord.  A vrai dire, personne à ce jour (à part moi !) n’a deviné son secret, enterré avec les femmes de chambre, qui, à leur tour, ont emprunté la barque de l’autre monde. A la pesée des âmes, elles auront dû avouer… le mensonge. 

(Louise Thunin, tous droits réservés)