Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

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Thé-au-logis avec mes chats

le « dernier-né » des ouvrages de Louise !

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Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes.  Son ouvrage le plus récent est un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.  L’ouvrage sera disponible au courant de l’été 2016. 

17 Sept. « le passager récalcitrant »

Confessions d’un charmeur de serpents

Mes parents m’ont choisi le beau prénom d’Ananda, « celui qui est dans la béatitude. »  Dommage que ce ne soit pas toujours le cas ! Je suis né à Jaipur il y a 36 ans, héritier d’une lignée de fakirs charmeurs de serpents.  Mon grand-père et mon père m’ont transmis les secrets de la family business.  C’est grâce à celle-ci que nous pourvoyons aux besoins de nos épouses et de nos enfants.  On nous fait bien des reproches de nos jours, où les sentiments envers la nature sont exacerbés, mais n’empêche, nous sommes une lignée d’hommes respectables et même craints.

         Bon, je vous explique : notre métier exige que les glandes à venin des cobras, qui sont notre fonds de commerce, soient percées. Le serpent perd ainsi  sa dangerosité, qui est énorme.  Ceci entraîne au bout de quelques mois la mort de l’animal.  Une seule petite morsure de cobra peut terrasser un jeune éléphant.  Vous comprendrez que c’est une opération nécessaire, car en réalité nous ne charmons rien du tout, et de plus, le cobra n’est pas plus musicien que le tabouret d’un piano.  Bref, nous renouvelons régulièrement  notre stock, si je puis dire, afin de pourvoir aux besoins du métier.  Nos outils indispensables sont un pungi, la flûte dont nous jouons, un panier et…un cobra avec sa belle capuche et ses petits yeux brillants d’intelligence et de terreur.  Eh, oui, il doit avoir peur et se mettre sur la défensive, si nous voulons qu’il se dresse dans le panier et ondule de tout son long.

         Comme je vous le disais, son venin étant retiré, personne ne risque rien à son approche, mais ça, lui ne le sait pas, et il suit son instinct.  Lorsque je joue, je tape du pied en rythme sur le sol.  Cela crée des vibrations auxquelles mon animal de compagnie préféré est sensible.  De même qu’il réagit aux mouvements de ma tête, de mes bras et de mon torse. Par ailleurs, il est quasiment sourd et ne capte rien de la mélodie censée le charmer !  Nos spectateurs sont dans l’illusion.  Tout ce monde de la perception, d’ailleurs, n’est-il pas illusoire ? C’est bien là ce que nous apprennent nos philosophes les plus mystiques.  

         Bref, j’ai maîtrisé l’anglais pendant ma scolarité, et ma plus grande envie a toujours été de découvrir le monde.  C’est pourquoi un jour j’ai embarqué pour Paris.  J’avais trouvé, grâce à mes contacts par Internet, des opportunités de faire connaître notre art dans diverses festivités de rue pendant l’été 2017 et dans un cirque.  Je me déplaçais vers la ville de Marseille en train avec mon fidèle compagnon, Harry, dans un Duffel bag.  Harry était un jeune ado, débarrassé, évidemment, de son venin.  Mais le « look » d’un cobra est indéniable et nul ne pouvait savoir, bien sûr, que le mien était aussi anodin qu’un ver de terre !       

         Qu’est-ce qu’il lui prit à Harry ce jour-là de se glisser au-dehors ?  J’en ai pris conscience lorsque j’ai été brusquement réveillé de mon somme tranquille par des hurlements. 

         Bientôt, toute la rangée le long de l’allée du wagon était dans la panique et plusieurs contrôleurs accouraient.  Les agents, effrayés eux aussi, criaient pour déterminer qui avait introduit le serpent dans le wagon – je me suis levé immédiatement pour me signaler et les rassurer, mais personne n’a rien voulu savoir. « Nous appelons les forces de l’ordre, m’a-t-on dit, nous ferons un arrêt imprévu à Trifouille-les-Orties, et vous devrez descendre du train. » 

         J’ai eu beau essayer de leur expliquer – en anglais, bien sûr, langue qu’ils peinaient visiblement à comprendre, qu’on ne courait aucun risque et qu’ils n’avaient pas, eux, le droit de me priver de mon gagne-pain.  Peine perdue. 

         Les passagers étaient debout sur leurs sièges.  On annonça à tout le train que l’arrêt à Trifouille était dû à un passager récalcitrant (c’était moi ou Harry, le récalcitrant ?) D’après moi, aucun de nous deux-- de paisibles créatures, en voyage d’affaires ! Et cela n’est allé que de mal en pis. Un policier armé s’est introduit dans notre wagon et a abattu Harry d’un coup de pistolet. Mes co-passagers, eux, se sont contentés de me fusiller du regard. 

         Si je veux exercer mes talents en France, il ne me reste qu’à apprendre à marcher sur une planche à clous, exercice que notre lignée ne pratique pas. Après la mort tristement prématurée de Harry, ils m’ont quand même laissé voyager jusqu’à Marseille, où je tends la main devant la gare Saint Charles dans l’espoir de me payer le voyage retour vers Paris… et l’amende…