Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

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Thé-au-logis avec mes chats

le « dernier-né » des ouvrages de Louise !

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Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes. Louise à créé un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.

Et tout fut terminé en une minute.


Nelly regardait, avec des yeux ronds, l’immense vaisseau argenté se poser silencieusement et avec douceur dans le champ d’orge. Cela brillait comme la soupière de sa grande tante qu’elle venait d’astiquer et renvoyait la lumière du soleil. On aurait dit que le couvercle du vaisseau (enfin, le toit) dardait des rayons blancs. Elle cilla. Elles étaient où, ses lunettes de soleil ? Pas un instant, Nelly n’eut peur. Ce n’est pas tous les jours qu’un OVNI se pose chez soi, c’est certain, mais pourquoi redouter le pire ? Nelly se réjouissait de cette visite inopinée. Aucune raison d’imaginer que les habitants (elle ne doutait pas qu’il y eût des habitants) de l’engin venaient en mission de paix. Elle avait hâte de les rencontrer. Elle passa rapidement dans la salle de bains pour vérifier sa coiffure et sortit, agitant un foulard blanc (blanc pour « je me rends » des fois qu’eux auraient peur d’elle). Dommage que Victor n’était pas à la maison cet après-midi, il ne la croirait jamais. De toute façon, Victor ne l’écoutait pas quand elle parlait, même de sujets passionnants, comme les prix décernés à tort (selon elle) à la foire agricole ou des quat’ cent coups du fils des voisins. Victor ne s’intéressait vraiment qu’à ses vaches laitières et qu’aux résultats sportifs.

Nelly s’approcha du vaisseau. Subitement devant elle se dressa un homme immense – enfin, elle se dit « homme » puisqu’il en avait la forme—mais il portait une combinaison comme elle n’en avait jamais vu, même à la télé, et il mesurait facilement le double de Victor. Victor sur la tête de Victor. Elle rit en elle-même. En voilà un beau spécimen d’humani… euh, un beau spécimen.
Il lui adresse la parole poliment, sans qu’un mot ne soit prononcé. Nelly comprenait tout, comme ça, dans sa tête. Par la pensée.
Salutations, Terrienne, nous sommes curieux de votre vie et venons vous rendre une petite visite.
Nelly voulait rendre la politesse et pensa très fort. Bonjour, m’sieur, soyez les bienvenus. J’ai une tarte aux pommes tout juste sortie du four qui ne demande qu’à être dégustée.
Nous ne digérons pas vous aliments, chère Terrienne, mais je vous remercie de votre hospitalité. Mon équipe souhaiterait vous examiner...
Examiner ? Nelly voulait bien les recevoir chez elle, même si elle n’avait pas eu le temps de faire la poussière cette semaine, mais ça ne lui disait pas grand’ chose d’aller grimper dans leur gros vaisseau métallique. C’est qu’elle aimait les meubles anciens, elle aimait même le kitsch, mais des lignes trop modernes, non, ce n’était pas pour elle.
Quelque-chose de sa volonté propre à dû être mise en sourdine pourtant, puisque la voici à l’intérieur de l’engin sans avoir fait un pas. Des tableaux de bord partout, des lumières clignotantes, tout ce qu’il y a dans les BD de David, pensa-t-elle. David était son neveu de 16 ans. Dommage qu’il n’était pas avec elle, il aurait apprécié.
Nous vous demandons de vous mettre à nue, lui intima le capitaine par la pensée – elle avait décidé de l’appeler le capitaine, le très grand qui l’avait saluée dehors. Mais ils étaient tous énormes, et il y en avait combien ? 3 hommes et 2 femmes on aurait dit : une vraie foule de… quelle planète ?
Nelly leur transmit qu’elle ne se mettait même pas nue pour son mari, qu’est-ce qu’ils croyaient, et que ce n’était pas pour eux qu’elle allait commencer. Elle n’avait pas fini sa phrase que la voici dévêtue malgré elle, alors que des instruments indiscrets et insistants la palpaient sous toutes les coutures pendant que des machines s’allumaient et bipaient.
Votre race terrienne est très belle, lui dit le capitaine. Nelly rougit de la plante de ses pieds jusqu’au sommet du crâne sous ses cheveux.
Et la vôtre, monsieur – mais qu’est-ce que vous mangez donc pour être si grands.
Nous nous nourrissons de l’énergie vitale du soleil de notre galaxie, lui fit-il comprendre. Cependant, c’est parfois, je dois dire, un peu monotone. Nous n’avons pas vos pâtés, vos rillettes, vos baguettes ni votre petit rouge…
Comment connaissez-vous déjà tout ça, et puis, si vous le connaissez, pourquoi vous venez jusqu’à chez nous écraser les céréales dans les champs… Nelly commença à s’énerver mais vit avec soulagement que ses vêtements étaient revenus sur elle. Elle lissa son tablier et se recomposa une contenance.
Si vous voulez, je peux vous offrir une bouteille de vin de Bordeaux, dit-elle – c’est pas rien vous savez – mais si vous ne pouvez pas boire…
Le capitaine la regarda avec quelque-chose comme de la tendresse. Nelly se sentit chavirer, d’ailleurs. Victor ne la regardait pas comme ça. Victor ne la regardait pas.
J’aimerais accepter, et je veux bien la ramener chez nous pour nos laboratoires, mais malheureusement, il ne se trouvera personne capable de le boire.
Gaspillage alors, dit Nelly. J’aime autant la garder, ma bouteille. Et vous ne pouvez rien me faire goûter de chez vous, alors ?
Non, sourit le capitaine. Je peux juste vous offrir mon amitié. Il avait des yeux comme des agates bleu-vert – ils chatoyaient – Nelly s’est dit qu’il était quand même bel homme, dommage qu’il soit un peu grand pour elle.
Il posa la main sur sa tête et lui caressa la chevelure. Nelly défaillit. Jamais elle n’avait senti une telle chaleur, un tel bien-être l’inonder toute entière.
V-Vous me ramenez ch-chez vous ? bégaya-t-elle, avec une note d’espoir.
Mais en un clin d’œil, tout fut terminé.
Nelly leva la tête. Le capitaine n’était plus là, le vaisseau spatial envolé. Elle s’était assoupie à côté de la soupière de Tante Germaine, là, devant la fenêtre, en plein soleil de l’après-midi. Peut-être avait-elle rêvé. Et peut-être pas. Elle alla à la fenêtre regarder son champ. L’orge couchée se redressait lentement.