Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

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Thé-au-logis avec mes chats

le « dernier-né » des ouvrages de Louise !

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Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes.  Son ouvrage le plus récent est un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.  L’ouvrage sera disponible au courant de l’été 2016. 

La nuit tous les chats ne sont pas gris

Bonjour, c’est Bastet qui vous parle et qui écrit ce texte. Cette chère Madame Louise a la flemme. Vous me connaissez, n’est-ce pas ? C’est moi qui vous reçois quand vous venez à la maison pour écrire dans notre salon. Vous prenez même mon fauteuil et mon canapé, mais c’est avec plaisir, j’aime beaucoup recevoir. Vous l’aurez remarqué. J’aime sentir vos sacs à main, surtout si vous avez des animaux de compagnie chez vous, et puis j’adore même m’étaler dessus. J’aime aussi vos genoux qui sont accueillants.
Il paraît qu’il faut inclure certains mots dans son récit, et le premier qu’elle m’a dit, la mémère, c’est « nuit ». Ça m’a inspiré tout de suite, je peux vous le dire.
Il y a un proverbe que je suis tout à fait récalcitrante à entendre, que je conteste, et j’en saisis l’opportunité. Ce proverbe idiot dit que « la nuit, tous les chats sont gris. » Pour être un chat gris, je peux vous dire que c’est du pur pipo. Ca démontre bien que l’être humain ne voit quedal la nuit. Nous, les chats, on a cinq fois votre capacité de vision nocturne. Alors vos proverbes, hein… ?


Nous autres chats, nous tenons des conciliabules dehors, la nuit. Nous nous rassemblons en congrès félin, en colloque si vous préférez, et nous discutons des problèmes du quartier : l’ouverture ou non de la chasse, l’arrivée des nouveaux ou le passage d’inconnus, les dernières histoires de cœur, les rivalités et jalousies qu’elles occasionnent. Il y a parfois des comptes à régler. Parfois nous chantons en chorale. Tous les matous et les minettes du coin assistent à ces réunions, qu’on aime surtout tenir quand la lune est pleine. Mais même si elle ne l’est pas, croyez-moi, on peut voir que la robe que revêt le corps de chacun est différente. Les tigrés ne sont pas gris mais tigrés. Les noirs sont noirs, les blancs sont blancs. Cela vous étonne ? Bien sûr, les gris, de nuit comme je jour, restent gris.
J’ai été courtisée l’été dernier par un dénommée Monsieur Le Roux. En fait, c’est ma famille humaine qui l’appelle comme ça. Moi, je ne lui donnerais jamais du « monsieur » ! Il n’est pas gris lui –même pas la nuit - mais orange, tirant sur la couleur cannelle, et avec des rayures comme un berlingot. Un goût des plus communs, franchement. Moi, je n’ose pas vous écrire comment je l’appelle. C’est un malotru, un grossier personnage ! Il s’est imaginé qu’à grands coups de miaulement et de feulement, il aurait raison de mes affections. Qu’il m’en imposerait, que je m’évanouirais d’admiration devant sa virilité. Tu parles, Charles ! Je me suis enflée comme par magie, j’ai doublé de volume, tout mon beau poil soyeux hérissé. Ça ne l’a pas impressionné plus que ça, mais qu’est-ce qu’une jeune fille peut faire ? C’est un impudique et un culotté – il est rentré chez nous par la porte-fenêtre de la cuisine, et quand la mère Louise a voulu l’approcher, il s’est jeté sur son mollet, je ne vous mens pas. Elle s’est esquivée juste à temps. Elle a été chercher le balai, mais il s’est payé sa tête. Elle ne le sait pas, mais pour moi, le body language félin n’a pas de secret.
Il revenait à la charge tout le temps. On ne pouvait plus ouvrir les portes-fenêtres ni la véranda, et on étoffait. C’était le mois d’août. Un jour, mes humains avaient à garder Popsicle, le chat de leur petite-fille. C’est un brave jeune chat noir et blanc, tout timide, parce qu’il n’est pas habitué à sortir. Lepère Le Roux l’a repéré et il est entré dans la maison pour chercher la bagarre avec lui. Popsicle, terrifié, a pris la poudre d’escampette et on ne l’a plus revu. Le soir, mes parents humains faisaient le tour du quartier pour l’appeler, interroger les voisins. Ils en étaient malades – s’il s’était sauvé et perdu ? Ce chat habite Rouen en temps normal. Qu’est-ce qu’il connaissait de notre village? Ils n’en ont pas dormi de la nuit. Comment dire à leur petite-fille que Popsicle avait disparu, chassé par l’énergumène que je vous ai décrit. Puis subitement, à six heures du mat’, voici Popsicle qui surgit de l’ombre dans leur chambre et saute sur le rebord de la fenêtre. Toute la journée il avait été planqué au fond de leur placard. Ils y avaient regardé mais n’avaient rien vu du tout. Qu’est-ce que je vous disais sur les yeux des humains ? Bon, tout le monde a poussé un grand ouf de soulagement. Mais si ça recommençait ? Il fallait régler le Cas Le Roux.
Ce sont les pistolets à eau des petites filles qui sont venus à bout de Le Roux. On les a posés devant les ouvertures de la maison pour être sûr d’être armés au bon endroit et au bon moment. Ça n’a pas loupé, Le Roux s’est pointé à nouveau sans tarder. Et il a pris une de ces giclées d’eau dans la poire, je vous dis pas. Jamais revu. Il a bonne mémoire et ça au moins c’est une qualité. Je n’ai qu’un mot à dire en conclusion. Tous les chats n’ont pas l’honneur d’être gris.
Signé : Bastet