Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

Voir le jeu     Tirer ma carte du jour

Thé-au-logis avec mes chats

le « dernier-né » des ouvrages de Louise !

En savoir plus et commander le livre

Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes. Louise à créé un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.

Le gynécologue sourit…

Le gynécologue sourit. « Vos résultats sont positifs, Madame, et confirment le test que vous avez acheté en pharmacie. Vu la date de vos dernières règles, l’enfant sera pour le début du mois de juin. »
Annabelle sortit du cabinet les joues brûlantes, le cœur battant. Il faudrait l’annoncer à Bertrand sans tarder, non parce qu’il fallait faire vite pour une quelconque raison objective, mais parce qu’elle savait qu’elle n’allait pas pouvoir vivre avec le secret. Et pas question de le faire passer non plus. Elle était bien trop amoureuse de John. Un petit de lui ! Son cœur bondissait. Enfin, elle le pensait de lui. Mais au fond, comment en être sûre ? Elle prit son courage à deux mains le soir même.
Bertrand, tu sais, ça fait quelque temps que je me sens drôlement barbouillée le matin.
Ah, tu ne me l’avais pas dit. Tu as des problèmes de digestion ? Ou bien… ?
Eh bien, justement, j’ai voulu en avoir le cœur net, et j’ai fait des tests. J’ai vu le Dr Obst aujourd’hui et…voilà…c’est que…
Tu es enceinte ?


Oui, c’est pour le début juin.
Ma chérie, c’est merveilleux ! Une petite sœur pour Raphaël ! Ou un petit frère, peu importe. Je suis si content ! Je t’invite au restaurant. Ça se fête !
Annabelle avait l’impression de se tenir au bord d’un précipice. Comment dire la vérité à Bertrand ? Ce qu’elle pensait – espérait - être la vérité, en tout cas. Et si elle se trompait, et que le bébé était bien de lui, Bertrand ? Le fait était qu’elle ne souhaitait pas que l’enfant soit de lui.
De toute façon, la nouvelle ferait capoter leur mariage. Ça aussi, elle le souhaitait confusément, tout en sachant que John, de son côté, n’était pas plus libre qu’elle. Mais elle redoutait le moment où elle verrait Bertrand s’effondrer. Elle l’aimait bien Bertrand, après tout. Il était – quel adjectif terrible – brave. Mais John, elle l’aimait, point.
Elle respira à fond, marqua une pause.
Chérie, dit Bertrand, on dirait que tu as vu un fantôme, tu es toute pâle. Si tu ne te sens pas de sortir ce soir, on remet ça. Il faut prendre soin de toi.
Non, il faut qu’on parle. Il faut que je te fasse un aveu.
Mais non, pas si cela te fatigue.
Ecoute-moi… elle serra les poings… j’ai couché avec John.
C’est sorti comme ça, d’un seul jet, sur l’expire.
Bertrand resta figé ; il ne cilla même plus. C’était une statue là à côté d’elle, sur le canapé, raide comme un cadavre de trois jours. Ses yeux étaient tout ronds et comme éteints ; on aurait dit qu’il avait pris une balle.
Bertrand, je suis désolée. C’était, comment dire, plus fort que moi, que nous…
Bertrand ne bougea toujours pas.
Au moins, elle l’avait dit, mais elle ne se sentait pas soulagée pour autant. Fallait ramasser les morceaux maintenant.
Bertrand revint un peu à lui.
Alors, comme ça, mon meilleur ami et mon épouse… je n’arrive pas… je…
Elle haussa les épaules.
C’est des choses qui arrivent. Tu le sais bien. Ça ne veut pas dire que je l’aime, enfin, que je l’aime plus que toi.
Merde, il ne fallait pas dire ça, puisque oui, elle l’aimait plus que Bertrand. C’était avec John qu’elle voulait vivre.
Et alors l’enfant… l’enfant…
C’est que je ne sais pas, dit Annabelle. On fera un test de paternité…qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
Bertrand avait toujours l’air sonné.
Ce que je veux que tu me dises ? Je ne sais pas, moi. Pourquoi ? Depuis quand ? Qu’est-ce que j’ai fait, moi ? Ou qu’est-ce que je n’ai pas fait ? Tu ne m’as donné aucune chance.
Elle voyait les larmes monter dans ses yeux. Pfft, il l’agaçait.
Bertrand, il y a des choses, je ne sais pas, qui ne s’expliquent pas rationnellement. Je n’ai rien à te reprocher. Tu es un mari loyal, un bon père… mais tu n’es pas, comment dire…excitant.
Parce que John, lui est excitant ? Avec sa brioche et ses grosses lunettes ?
Annabelle ne répliqua pas, puisqu’il n’y avait rien à répondre.
Je fais ma valise tout de suite, dit Bertrand. Je prends quelques jours loin de la maison pour réfléchir. Si tu as besoin de quelque-chose, tu appelleras John.
Au revoir, Annabelle.
Bertrand tituba en allant vers la chambre. Tout d’un coup, Annabelle attendit un grand boum. Bertrand était affalé par terre, le teint blanc comme neige. Elle s’agenouilla à côté de lui et tâta son pouls. Il n’y en avait pas. Elle prit son temps pour aller vers le téléphone.