Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

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Thé-au-logis avec mes chats

le « dernier-né » des ouvrages de Louise !

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Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes. Louise à créé un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.

Mythomanie ? (nouvelle)

                        Pour mon premier roman, plutôt autobiographique, comme tout premier roman, plus ou moins naïf et maladroit aussi, j’avais fini, malgré tout, par trouver une nouvelle maison d’édition en Californie, qui a bien voulu l’accepter.  Je faisais mes premiers pas en littérature et cette petite maison indépendante  aussi, sous le nom de « La plume bien taillée » - nom d’autant plus ridicule que, de nos jours, plus personne n’écrit au stylo et encore moins à la plume.

         Peu importe.  La jeune patronne sortait de stage dans le monde de l’édition, et les revenus de son mari permettaient qu’elle fonde sa propre entreprise.  Elle avait des connaissances bien placées à Londres. Comme j’étais sa première et, pour l’instant, unique auteur, elle a tenu à m’expédier outre-Atlantique pour présenter notre bel ouvrage lors d’un Salon du livre réputé.

         Ayant déambulé toute la journée parmi les stands et discuté avec des auteurs d’un peu partout dans le monde anglophone, j’étais ensuite conviée, grâce toujours aux amis de mon éditrice, à un dîner huppé. Tout le monde n’y avait pas ses entrées.

         J’ai commencé à sentir ma douleur lorsque je me suis aperçu qu’on souriait avec une pointe de condescendance devant mon accent californien – je vous assure que ce n’est pourtant pas le plus nasillard des Etats-Unis, loin de là !  Mais que voulez-vous, j’ai fait mes études à Stanford et non à Cambridge. 

         Des messieurs aux lunettes rondes et à l’écharpe rouge penchaient la tête avec une bienveillance toute professorale, lorsque je montrais mon modeste bouquin.  Je n’étais plus assez jeune pour passer pour une enfant prodige mais encore trop pour pouvoir évoquer quelque expérience de la vie qui soit convaincante.  Ni assez sexy, tout simplement, pour attirer des regards intéressés. Cela aurait pu, peut-être, me valoir le respect des dames, mais en fait, non. Pour elles, il semblait que j’étais juste un petit moineau gris-brun au plumage terne. Que je me garde d’ailleurs d’être quelqu’un d’original, qui détournerait l’intérêt qu’elles espéraient susciter elles-mêmes.

         Cependant, à table, l’une des auteures confirmées eut des intentions charitables à mon égard et m’adressa la parole ; elle me demanda d’où je venais.  Un vrai réflexe de romancière me saisit : celui de créer sur le coup un narratif qui leur en mettrait plein la vue et qu’ils avaleraient tout cru en voulant, au plus vite, tourner les pages.

         « Oh, de toute apparence, répondis-je, je suis de Sacramento, en Californie, mais vous savez, mes ancêtres sont du côté d’ici.  Mon arbre généalogique est des plus….comment dirais-je, palpitants et…polémiques… »

         Polémiques ?  Et comment cela ?

         Ca y était, ils étaient appâtés. 

         C’est que je descends du vrai Shakespeare, bien qu’il ne soit pas encore reconnu comme tel.

         Je les voyais échanger des regards, des sourcils se levaient.

         Mais oui – mon ton devenait plus assuré, insolent, même – d’où cela me venait-il ? 

         Je suis une arrière-arrière – enfin, je vous passe le nombre d’  « arrières » – petite-fille du 17e comte d’Oxford, Sir Edward de Vere.  Je descends en droite ligne de son fils Henry, qu’il a eu – mais vous le savez mieux que moi, bien sûr-- avec sa deuxième femme, Elizabeth Trentham. 

         Heureusement que j’avais fait un travail en Fac sur la fameuse question de la légitimité de Shakespeare en tant qu’auteur. Je me rappelais ce comte d’Oxford, dont le nom me revenait providentiellement pour me sauver de ces snobinards pleins d’eux-mêmes.  Qu’un simple paysan de Stratford, non-éduqué au-delà de l’âge de 12 ans, ait pu écrire les immenses chefs-d’œuvre de la littérature qui sont attribués au dénommé  William Shakespeare intrigue les chercheurs depuis des siècles.  Beaucoup ont fini par conclure qu’il servait de prête-nom à un noble de la Cour d’Elizabeth Première qui voulait tenir secret son activité de dramaturge.

         Le plus professoral des messieurs prit la parole : Qu’Edward de Vere ait pu être l’auteur des sonnets et des pièces de Shakespeare reste une pure hypothèse, vous n’êtes pas sans l’ignorer, Miss !

         Ah, mais j’en ai des preuves que personne d’autre ne possède.

         Tous ouvrirent grands soit leurs yeux soit leur bouche !  J’entendis un AH général…

         C’est que dans notre famille, depuis toujours, nous avons des dons un peu particuliers – des dons, comment dire, parapsychologiques, surnaturels…Cela se voit d’ailleurs dans le génie des écrits que mon arrière-grand-père a laissés… Comme le divin Mozart, lui a été le divin de Vere, divin et caché, tout comme Dieu Lui-Même !

         Autour de moi, les sourcils restaient encore en suspens. 

         Eh bien, figurez-vous que j’ai la capacité de faire des OBE – out-of-body experiences – ma conscience quitte mon corps lorsque je le veux, et lors de ses sorties, je peux visiter les dimensions que je choisis. J’entre dans un autre espace-temps qui me permet de visionner tout ce que je veux dans ce que nous appelons notre passé.  Car vous, vous n’êtes pas sans ignorer – d’ailleurs les travaux de Stephen Hawking le démontrent à la perfection – que le cosmos est un hologramme et que tout se vit absolument en même temps, de manière synchrone.

         J’ai chopé le nom de Stephen Hawking au passage – était-ce lui, ou Einstein – bref, quelqu’un l’a dit, c’est sûr…

           Donc, si je souhaite voir ce qui se passe – s’est passé, si vous voulez – à un moment donné de ce que nous appelons le 17e siècle, eh bien, j’y vais, et j’observe… Croyez-moi, à défaut de photos, j’ai pris des notes !

         Le sourire revenait sur le visage de mes commensaux, leur teint reprenait des couleurs.  Ils étaient en train de se dire intérieurement, Nous avons affaire à une petite folle, tout cela est pure invention ; elle délire… peut-être est-elle réellement atteinte de mythomanie.  Il faudrait voir son livre, quand même.  De quoi peut-il bien parler ?  Elle n’est tout de même pas dégonflée, cette petite.  Et chacun de plonger sa fourchette dans son pâté en croûte.

         A mon retour, mon éditrice m’indiqua que les commandes de mon livre avaient fait un bond. Elle était contente de moi – « Tu as bien su vendre, je vois,  dit-elle.  Et toi qui disais n’avoir aucun sens commercial… »