Alliance Divine

Cartes et livret entièrement bilingues (français-anglais)

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Thé-au-logis avec mes chats

le « dernier-né » des ouvrages de Louise !

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Si une langue est un voyage de l’âme, je me suis incarnée en ce monde avec une valise !  Partie d’une contrée qui s’appelle « l’anglais », j’arrive à une autre, celle du français.  Sur la page je trouve ma patrie, quelle que soit l’expression choisie.  J’aime ce qui s’y passe : cette rencontre trinitaire de l’auteur, du lecteur et de la page qui nous rassemble. Ainsi se réalise le mystère, constamment renouvelé, de nos retrouvailles, grâce au médium insaisissable de la conscience, où vogue la pensée.  Je remercie tous ceux qui acceptent d’entrer dans ce partage avec moi.

Louise Thunin, née aux Etats-Unis, est auteur bilingue.  Elle a publié des nouvelles, des romans et des livres-témoignage de son activité en tant qu’aumônier, dans un établissement pénitentiaire pour hommes. Louise à créé un « oracle » psycho-spirituel, Alliance divine, cartes de sagesse biblique, accompagnées d’un livret explicatif. La présentation en est entièrement bilingue.  Ce jeu, aux illustrations frappantes, est unique en son genre. On peut l’utiliser seul ou en groupe.

Quelque-chose d’ancien

         Sa fille se mariait.  Mary, son unique, sa chérie. Sarah frissonnait à l’idée.  Non pas parce qu’elle ne souhaitait pas que Mary se marie, mais parce qu’elle ne voulait pas qu’elle épouse ce…comment dire, ce manipulateur, cet affabulateur…de James Bentley. Joli nom quand même, et le jeune homme laissait entendre qu’il descendait d’une famille ancienne et réputée de Charlottesville.  Seulement on n’en trouvait trace nulle part.  Ses deux parents étaient morts, affirmait-il, précocement, tragiquement, dans un accident de la route, et la maison familiale avait été vendue, puis rasée pour de nouvelles constructions – il évitait toujours de dire exactement dans quel quartier elle se trouvait.  Tout ce qui touchait à son histoire personnelle était vague, flou, changeant même, selon les jours et selon qui il avait en face.  Mais Mary était sous le charme. Pour elle, il était beau, attentionné, un parfait  gentleman, loyal, drôle, travailleur, très amoureux d’elle, et ils partageaient tant de choses…

         Mais quoi, par exemple ? se demandait Sarah. 

         La date avait été fixée à la hâte et de même les détails de la cérémonie.  Cela semblait convenir à Mary, qui voulait que tout se passe dans une grande simplicité. Ses parents avaient pourtant de quoi lui offrir une belle réception dans un grand hôtel, une cérémonie élégante et abondamment fleurie, un bal animé par des musiciens en chair et en os ; elle pouvait inviter autant d’amis qu’elle le souhaitait.  Mais non, il fallait faire vite.  Il y aurait quand même le minimum, une jolie robe longue, un dîner raffiné, servi par un traiteur dans le jardin de leur maison, qui, il faut le dire, était grande.  Le jardin était magnifique en cette saison avec tous ses rosiers en fleurs. Mary tenait malgré tout à ce que certaines traditions soient respectées, et, le grand jour, elle voulait porter sur elle, comme toutes les mariées américaines depuis des temps immémoriaux, les quatre éléments certifiés garantir la réussite d’un mariage : something old, something new, something borrowed, something blue (quelque-chose d’ancien, quelque-chose de neuf, quelque-chose d’emprunté, quelque-chose de bleu).

         Sarah y voyait sa chance. Une voix intérieure lui soufflait que si elle arrivait à contrarier le sortilège positif offert par les quatre objets symboliques, elle contrarierait du coup le destin du couple, et ce mariage de malheur prendrait fin.  Plus ou moins rapidement, sans doute, mais pour elle, l’important était que cela ne dure pas, et que Mary se libère de cette espèce d’escroc.  Sa seule présence mettait Sarah mal à l’aise.  Elle, elle le sentait retors, pervers, calculateur.  Ma pauvre petite, si naïve, soupirait-elle.  Elle avait essayé de mettre en garde Mary, mais cela n’avait fait que la renforcer dans sa détermination.  Sarah s’était donc tue et avait commencé à mijoter sa petite solution « magique. »

         Sarah avait une amie qui fabriquait des bijoux. Elle lui ouvrit son cœur et lui passa une commande un peu particulière.  Tu me feras un collier, imitation bijou ancien, mais tout en toc. Comme métal, du doré mais pas de l’or, bien sûr, et des diamants en authentique cul de bouteille.  Que ça brille bien, et surtout, tu traiteras le métal pour qu’il ait l’air vieux, très vieux ! « Me voici faussaire, » dit son amie, en riant.  Elle comprenait l’enjeu et s’exécuta de main de maître.

         Sarah présenta le collier à Mary une semaine avant la date fatidique.  « C’est de ton arrière-grand’ mère, lui dit-elle.  Je l’ai toujours gardé pour le jour de ton mariage.  Il te faut bien quelque-chose d’ancien. »  Mary ouvrit de grands yeux.  « Maman, c’est magnifique, tu ne m’as jamais parlé de ce collier ! »  

--Je l’ai mis de côté pour toi, pour le plus beau jour de ta vie!

--Tu ne le portais pas à ton propre mariage ?  Je ne l’ai pas vu sur tes photos.

--Non, parce que ma grand’mère était encore en vie.  Je ne l’ai eu qu’à sa mort.

--Oh, Maman, c’est parfait.  J’ai hâte que James le voie. C’est un collier qui doit valoir une fortune.  Ce sont des diamants ?

--Evidemment ! Rien de moins!  Et avec un nombre considérable de carats.  Mais, tu sais, on ne dévoile nos beaux atours qu’au moment précis… 

--Bof, James sait déjà que pour le neuf, j’ai ma robe ; pour l’emprunté, Anne me prête un mouchoir en dentelle, et pour le bleu, bien sûr, c’est la jarretelle, comme tout le monde ! 

--Eh bien, pour ceci, ne lui dis pas, dit Sarah, avec un sourire en coin, comptant sur l’esprit de contrariété de sa fille. Et puis, peu importe. Sarah se sentait enfin rassurée, confiante que le faux ancien allait tout gâcher. Elle pensait déjà à quel avocat ils feraient appel pour le divorce.

--Le joli jour de juin qui devait sceller le bonheur de Mary et James s’annonça ensoleillé. Mary ouvrit ses yeux et tendit la main vers sa table de chevet, où l’attendait le collier d’ arrière-grand’maman. Il n’était plus là. Mais quoi ?  Mais comment ?  Elle eut beau chercher, fouiller, tout retourner ; il n’était nulle part en vue.

James non plus, d’ailleurs.