Discover : Divine Covenant

Cards and guidebook entirely bilingual (English-French)

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It’s been said that our language is a journey of the soul.  If that’s so, I seem to have entered this world with a suitcase !  I departed from a country called « English » and have arrived in another, called « French. »  I find my homeland on the page, whichever language I choose.  I like what happens there : this threefold encounter of author, reader, and the page that brings us together.  There, the mystery of our connection expresses itself over and over, thanks to the intangible medium of consciousness, where our thoughts come and go, meet and disperse.  I thank all those who agree to enter and share this space with me.

Louise Thunin, born in the United States (New Jersey), is a bilingual author.  She has published short stories, novels and three books of creative non-fiction, chronicling, in diverse forms, her experiences as a chaplain in a men’s prison.  Louise has created an « oracle »  deck, Divine Covenant, Biblical wisdom cards, accompanied by a guidebook.  This strikingly illustrated deck is one of a kind, and its presentation is entirely bilingual. You can enjoy it alone or with others.

C’est la mère Michel…


DISPARU, CHAT NOIR, Récompense… puis un numéro de téléphone. Marianne l’a vu dans les petites annonces du journal local. Et si c’était ce minou couleur charbon avec des boutons dorés à la place des yeux qui tournait autour de son jardin depuis deux jours, timide, apeuré même, mais s’approchant petit à petit. Si c’était le chat perdu, il devait être affamé. Elle mettrait une soucoupe de lait sur le pas de la porte-fenêtre.
Une heure plus tard, Marianne alla voir. Le lait avait disparu. Pas de traces du chat. Mais si la gamelle était bonne chez elle, il reviendrait.
Elle se plaisait à imaginer ce que serait la récompense. Sans doute un billet de dix euros, mais bon, ça ne fait pas rêver ça. Hm, c’était sûrement le chat d’un homme d’affaires encore jeune, milliardaire, très beau garçon et, quelle chance, encore célibataire, qui l’inviterait le soir même à découvrir son yacht ou à dîner dans le restaurant le plus huppé de la ville ou encore…

Oui, il faudrait l’attraper ce minou. Et en plus, ça tombait bien, elle avait la passion des chats. Grigri était mort de sa belle mort voici 6 mois, et depuis, elle se disait qu’elle reprendrait un chaton au printemps. Ce n’était pas encore fait, mais elle aurait été capable de l’adopter, le noiraud, si son maître n’avait pas placé cette petite annonce.
Cette fois-ci, elle laissa la porte-fenêtre entr’ouverte et plaça la soucoupe à l’intérieur de la maison. Quand son hôte à fourrure viendrait, hop, elle fermerait derrière lui. En faisant ses courses au superette du coin, elle acheta même quelques petites boîtes de Purina Gold – aucun chat n’y résiste. C’était le plus cher des aliments en boîte, mais bon, c’était un investissement, après tout. L’homme d’affaires milliardaire…
Le soir même, le minou noir dîna chez elle et s’installa sur son canapé. Marianne attrapa le téléphone. A l’autre bout, elle entendit une voix cassée, presque chevrotante, avec un accent. Ça devait être une dame âgée, venue d’ailleurs. Philosophe, Marianne se dit aussitôt qu’elle avait été un bon samaritain de félins, et peu importe, va ! Adieu vaches, veau, yacht, restau ! Elle décrivit le collier que portait le chat noir, et la dame se mit à pleurer de joie. Oui, oui, c’est lui, c’est mon petit Réglisse. Où habitez-vous, Mademoiselle ? Marianne donna son adresse, mais la dame trouva la maison un peu loin. « Ne pourriez-vous pas me le ramener, mon minou ? » Marianne acquiesça volontiers. « Où habitez-vous, donc ? » La dame cita une adresse dans une cité HLM parmi les plus « chauds » de la ville. Mais bon, pour un chat et une vielle dame, il faudrait bien se dévouer. Elle prit le panier qui avait appartenu à Grigri et fourra le dénommé Réglisse dedans ; il donna vigoureusement de la voix pour protester contre ces mauvais traitements.
Marianne monta dans l’ascenseur tagué jusqu’à l’appartement de Madame Kandabou. Celle-ci était toute aussi noire que son chat bien-aimé, et elle portait un turban coloré sur la tête. Elle serra Marianne dans les bras et se mit à gronder Réglisse, qui faisait mine d’avoir mieux à faire que d’écouter.
« Et maintenant pour la récompense ! », dit la dame africaine. Marianne sourit à part elle-même ; ça ne serait pas des gros sous, mais peut-être un bon dessert au manioc ou une crème au beurre de karité pour la peau ? La dame lui remit pourtant une enveloppe. «  En fait, Mademoiselle, je n’ai pas beaucoup de moyens, donc, c’est de la part de mon petit-fils. Il était si heureux pour moi quand il a su que Réglisse était retrouvé. Momo est la prunelle de mes yeux, vous savez. Et rien n’est trop bon pour petite Mamie, qu’il me dit toujours. On peut le reconnaître dehors, c’est celui qui porte une veste en cuir noire avec une tête de mort sur le dos. Ah, ces jeunes, pas toujours le meilleur goût n’est-ce pas ? Mais il est si fort en affaires, un vrai biznessman… »
Marianne remercia et s’éclipsa rapidement. Une fois dans sa voiture, elle ouvrit l’enveloppe. Deux billets de cent euros la garnissaient. Deux cents euros ? Momo fort en affaires ? Marianne se mit à rire toute seule. Elle allait pouvoir en effet s’offrir le meilleur restau de la ville, et elle boirait à la santé de Réglisse.